Nous avons rencontré Inso Mundo, grapheur exerçant depuis plus 10 ans dans les artères de Lausanne. Il nous avait fait le plaisir de performer lors de notre événement en septembre passé, nous parlons avec lui de son parcours et de ses inspirations.

Sa passion a débuté il y a 10 ans, lorsqu’il vivait encore dans sa ville d’origine ; La Chaux de fond. A ses débuts, il fait cracher sa bonbonne lors de ‘’missions’’ qu’il engage avec ses amis. C’est un moyen pour lui d’échapper aux soirées en boîte qui lui évoquent un monde de strass et de paillettes. Le monde restreint du graffiti Chaux-de-Fonniers le pousse à développer une vigilance aiguisée vis-à-vis des autorités, afin de ne pas se faire pincer. C’est principalement l’aspect performatif du graffiti qui l’attire à ses débuts, même si ‘’le geste en soi est revendicatif car tu t’appropries l’espace”.

La culture de la BD l’inspire énormément et cela est palpable dans ses compositions, notamment dans ses personnages burlesques qui sont ses finish mooves. Le travail de Joe Sacco, précurseur du reportage sous forme de bande dessinée, a nourrit l’imaginaire de Inso. La manière minimaliste et simplifiée qu’utilise Sacco pour composer ses dessins, qui sont souvent en noir et blanc, parle énormément à notre grapheur. Inso soulève également l’aptitude qu’a le bédéaste de mélanger le tragique et le comique, cette dualité que l’on retrouve notamment dans ‘’Palestine’’ (1993). Ces 2 sentiments valsent également au seins des personnages étrangement comiques de M. Mundo. Hugo Pratt, père de ‘’Corto Maltese’’, figure aussi dans les plumes de référence de Inso. Le dessinateur vénitien était connu pour son trait minimaliste et sans couleur, ”c’est comme cela qu’on arrive à saisir l’essence des dessins‘’. Finalement , Inso évoque le san franciscains Barry McGee comme un de ses maître à penser dans le graffiti.

Palestine
Barry McGee

Progressivement, il s’affranchit des codes traditionnels du graffiti, qui restent ‘’pas mal traditionnels et conservateurs’’, pour modeler son propre microcosme. Cette émancipation passe notamment par de nombreux voyages en Amérique du Sud, surtout au Brésil, où il a passé de longs mois entre 2006 et 2007. Il y découvre d’autres facettes de son art, autant dans sa pratique que dans son propos. Les peintres Sud américain n’avaient pas un budget très fleuri, cela les poussaient à se débrouiller par des moyens alternatifs. Ils récupéraient par exemple des pulvérisateurs d’insecticide pour les substituer aux bonbonnes relativement chères. Le propos est également, de façon générale,  marqué d’une portée politique et idéologique plus grande. Les pichações, courant issu de Sao paulo sous la dictature des années 80,  illustrent parfaitement cet esprit revendicateur. C’est la seule manière qu’ont les laissés pour compte du Vaisseau commercial d’exister au seins des centres urbains. Ainsi ces artistes, notamment issus des périphéries,  imposent leur présence en montrant à la classe dirigeante ‘’que l’espace appartient à tout le monde et pas seulement aux promoteurs immobiliers’’.  

Au-delà des graphes politiques qui demandent parfois une relative familiarité avec certain codes, Inso a surtout trouvé remarquable la culture de la fresque qui mets aussi l’accent sur la création d’œuvres dont les messages et les émotions peuvent être captés par tous. Généralement, le fait de décorer les rues par des fresques ou des graffs est beaucoup plus accepté en Amérique latine car la notion d’espace publique diffère ; ‘’Les gens ont plus le sentiment que l’espace publique est à tout le monde et que tout le monde peut l’utiliser ‘’. Par exemple, si les artistes arrivent à se mettre d’accord avec le propriétaire d’un mur, ils peuvent pratiquer dessus sans autre. En Suisse, il faudrait encore régler une montage de procédures administratives comme l’ouverture d’une mise à l’enquête publique.

Os gemos, Brésil
Pichações, Brésil

En comparaison au reste de la Suisse, Inso Mundo constate tout de même que Lausanne reste plus ouverte que d’autres villes. Il évoque par exemple le cas de Fribourg où il a des connaissances qui se sont faites embêter car elles ont peint dans un entrepôt désaffecté qui allait se faire détruire 2 semaines après leur travail. Inso souligne que cette relative liberté dont jouissent les pensionnaires de la Place de la Palud est le résultat d’un activisme important de la part de grapheurs qui souhaitaient également pouvoir exercer leur passion dans des conditions harmonieuses avec les autorités. Cela a débouché sur un nombre non négligeable d’endroits légaux pour exercer, tels que les sous voies du rond point de la maladière, le long de l’Eracom, dans les environs du collège de la Barre ou encore dans les sous voies de Chauderon. Les autorités lausannoises sont, dans l’ensemble, réceptivent aux demandes culturelles.

Inso salue notamment le travail du lumineux Claude Joyet qui a œuvré, pendant son mandat de délégué de la jeunesse à Lausanne, pour favoriser les projets directement initiés par les jeunes en évitant de leur proposer des projets déjà tout faits et qui ne correspondraient pas à leur attente. Le graffiti faisait partie de ces demandes émanant de cette nouvelle génération influencée par la culture Hip Hop. On retrouve notamment ces codes Hip Hop dans le collectif ‘’ Les Uns, composé de Djs, grapheurs, danseurs et beatmakers avec lequel opère Inso. Le crew mélange des artistes venant de toute la Suisse. Le fait de pouvoir évoluer en collectivité, pour la réalisation d’une fresque, est quelque chose que notre grapheur apprécie particulièrement car ces moments laissent place à deux éléments essentiels à la création :  la spontanéité et le partage. Dans ce même esprit de collaboration, ses faits d’armes avec le neuchatelois h.orm.i (avec qui il détient une cinquante d’œuvres communes) sont nombreux. Inso touche également au monde associatif à travers l’assocation Eezee   qui rassemble divers graphistes de la région au vu de les réunir pour des projets culturels ou pour des mandats commerciaux, comme la réalisation d’une fresque à la Galencienne.

Pour la rentrée estivale. Eezee mets en place une galerie éphémère du 5 au 6 avril à l’ERACOM sous l’exposition ‘’De l’encre au pixel’’

Inso Mundo x Les Uns
Inso Mundo
Inso Mundo
Inso Mundo

A présent père d’une jeune fille de 2 ans, Inso allie la pratique de son art avec son emploi à Pôle sud. Pôle Sud est un espace d’animation socioculturel principalement consacré aux échanges entre cultures et générations. Ils proposent de nombreuses activités et événements qui s’inscrivent dans les domaines de la multiculturalité, des langues, du multimédia, du théâtre, du cinéma de la nature et de la santé. ‘’ J’ai choisi cette institution pour ma profession car elle est basée sur des valeurs qui ont du sens pour moi (partage, libre adhésion, autogestion, militance, antiracisme, féminisme…). C’est un travail très créatif et libre, qui permet de rencontrer des dizaines de personnes d’horizon et de milieux sociaux très différents autour de projets communs. C’est vraiment passionnant. Je pense que les centres socioculturels ont une importance fondamentale dans notre société où le lien entre les personnes tend à disparaître.  Nous sommes un espace de rencontre non-commercial et militant. Ici pas besoin de consommer pour être bienvenu, il suffit d’avoir quelque chose à dire ou une idée à partager.’’ Et quand nous lui demandons si cette activité influence la pratique de son art, il répond en souriant  ‘’Oui clairement, ce sont les même valeurs qui habitent ma profession et mon activité artistique. Certains partenariats professionnels deviennent des projets artistiques ou culturels communs et inversement.’’

Inso Mundo
Inso Mundo

Sa paternité nouvelle l’a amené à revoir son approche à la création. Inso a moins le temps de voyager et cela le pousse à chercher l’inspiration au seins du vivier Helvétique. Le Zinema, le CityClub de Pully. Ou encore le Luff.

sont autant de lieux ou il laisse fleurir son imagination. La naissance de sa fille a aussi eu pour effet de raviver des souvenir de sa propre enfance. Il nous relate ainsi la fois où il avait peint une Silure à l’occasion d’un festival en Allemagne. Par la suite, il s’est demandé pourquoi diable il avait peint ce sinistre poisson.’’ Quand j’étais gamin, nous avions une caravane au bord du lac de Neuchâtel et nous avions pour habitude, avec mon frangin et mon cousin, de prendre un planche à voile pour flâner sur le lac et il y avait toujours d’énormes poissons qui nous foutaient la trouille en se ruant sur nous’’. L’art n’émane pas toujours d’une démarche intellectuelle avec plein de références mais la création peut aussi découler d’expressions plus subconscientes relatant de l’expérience.

Pour retrouver les œuvres de Inso, rendez vous sur son IG, lors de ‘’Pixel’’, ou encore en scrutant les murs lausannois lors de vos ballades. Il sera aussi présent à l’expo collective « Doodah meets art » dans le cadre du festival de BD Fumetto(un beau clin d’œil pour ce fan du 9ème art) de Lucerne dès le 6 avril, puis dans plusieurs shop doodah un peu partout en Suisse. Il y présentera son travail sur Skateboard.

Retrouvez ‘’Les uns’’ en concert au Ned de Montreux ce samedi 30 mars 2019, accompagné de ‘’Fliptrix’’ et de ‘’Molotov’’ pour une soirée à l’accent britannique.